Evelyne, Janvier 2007
« Pour moi, c'est la fin. Les Jardins de Lucie c'est fini, je voudrais remercier les adhérents qui grâce à leur paniers nous procure du travail, remercier les gens qui m'ont aidé, Franck, Catherine, et Zaal que j'ai souvent embêté, les personnes du bureau, les gens qui sont passés au jardin.
Je voulais dire que les gens en insertion ne sont pas méchants, ni des voleurs. Au Jardin avec tout le monde avec les bénévoles on y arrive, il y a de la considération. On voit que les gens s'en sortent et ça apporte du travail pour certains. Moi je ne veux pas baisser les bras, le passage dans ce travail va m'apporter ses fruits. Après on n'est pas obligé de continuer dans le travail de la terre, mais grâce à ce travail au Jardins ils ont su capter comment orienter les personnes avec des soutiens, et de l'encouragement, on ne baisse pas les bras et on y arrive.
Je vais partir quelques temps chez ma fille pour garder mes petits fils de 3 ans et 1 mois mais avant je vais faire un stage chez un horticulteur et la suite c'est d'aller travailler dans la Loire comme saisonnière. J'ai aussi une perspective dans une usine en agroalimentaire.
Au Jardin j'ai appris à combattre en fréquentant les autres, on tous différents et c'est très riche, on relativise nos problèmes.
J'aurai aimé rester au Jardins de Lucie plus longtemps. »
Evelyne
Anne, septembre 2006
Les jardins de Lucie fut une expérience très positive, on m'a prise au mot, remise en valeur. Je me sentais toujours étrangère. Aujourd'hui, je me sens plus intégrée psychologiquement, je me vois plus européenne, je ne sens plus de barrière. J'ose parler et m'exprimer.
Je suis Laotienne, de la communauté Hm Ong. Je suis arrivée le 16 juin 1976 en France. J'arrivais de Thaïlande où j'étais réfugiée depuis le mai 1975, dans un camp.
Je suis Hm Ong et chrétienne. Mes frères et sours et moi même étions en danger au Laos, persécutés par le régime communiste. Nous sommes arrivés en France assez rapidement car nous étions orphelins, nous avons été envoyé par la Mission Catholique. On nous a très vite placés séparément dans des familles d'accueil plutôt « catholiques traditionnelles » qui faisaient un bonne action.
Cela a été très difficile pour moi. A 16 ans, j'étais, dans mon pays, une jeune fille autonome, respectée, mûre, indépendante, active dans la société, faisant partie d'associations.
Je me suis retrouvée infantilisée en France. C'était « la vie à l 'envers », j'étais obligée de jouer avec des enfants de 10 ans. je n'osais rien demander. j'étais devenue muette sur ce que je pensais : je disais oui et c'est tout. On nous jugeait de travers mais on disait oui. j'étais déçue et quel gâchis de mes compétences non reconnues.
Je me suis rapidement mariée avec un réfugié laotien.
J'ai eu 4 enfants, avec qui je m'entends bien et qui me soutiennent.
En arrivant aux Jardins de Lucie, j'étais très déprimée.
Mais je suis une rescapée, j'ai mon honneur et je n'ai jamais voulu en finir avec la vie.
Laure et Khadija m'ont beaucoup aidée, elles m'ont apprivoisée, des mots ont pu être dit, plus personnels. J'ai du sortir de ma coquille et montrer mes talents cachés. J'ai pu parler de mon projet en totale confiance et raconter ma vie sans être jugée. On m'a donné des conseils et des encouragements.
Ici j'ai pu montré qu'on n'est pas des nullards, qu'on est des humains comme tout le monde.
Les maraîchers m'ont beaucoup appris sur la culture, la façon de gérer. J'ai découvert le bio : l'idée qu'on peut faire une entreprise à taille humaine et familiale, pas d'industrie des légumes, du bio pour l'environnement et le respect de la santé.
J'ai fait 9 mois d'études intensives au Centre de Formation d'Ecully en spécialité maraîchage bio puis j'ai pensé à plusieurs projets d'installation.
Après un e expérience en Guyane à mon compte, et en France chez un maraîcher bio, je me rends compte de la réalité du terrain et de mes capacités physiques :
En travaillant ici comme ouvrière agricole, en économisant, je veux planter au Laos des arbres hévéa latex et bois agar pour les exploiter d'ici 5 ans.
J'ai envie d'investir dans mon pays, aujourd'hui cela est possible politiquement et économiquement.
Je suis partie des jardins de Lucie avec beaucoup de joie, je suis « autre ». J'ai découvert que mes douleurs physiques ne sont que le reflet de mes angoisses et que ce n'est pas une maladie incurable
« Avant les jardins de Lucie, je suis tombé gravement malade, personne ne s'est occupé de moi alors que j'étais immobilisé 3 semaines au lit.
J'étais très dépressif et ayant été licencié, je suis devenu sans domicile fixe.
J'étais aussi en révolte contre mon employeur et mes collègues qui n'ont pas demandé de mes nouvelles.
Raymond, septembre 2006
Je me suis retrouvé en janvier 2004 sous la tente à Condrieu et j'ai alors pris contact avec le service régional de l'entretien du Rhône pour essayer d'avoir du travail.
Ils m'ont orienté vers l'accueil de nuit de Vienne. Là, j'ai pu avoir un lit au centre d'hébergement de réinsertion sociale à l'accueil de nuit de Vienne. On était en toute intimité 5 par chambre et on devait partir tous les matins après le petit déjeuner : l'été à 7h et l'hiver à 8 h et on pouvait revenir à partir de 19h.
Là, on m'a aidé à remettre en route mon dossier médical et mes autres papiers.
En avril 2004, à l'accueil de jour, l'éducateur m'a proposé de prendre contact avec les jardins de Lucie pour du travail. Cela m'a plu parce que j'ai toujours aimé le secteur agricole : je suis de la campagne. Mais j'avais mal au dos alors, à la mi mai j'ai fait 2 semaines de stage pour voir si j'étais en capacité de continuer.
J'ai signé un contrat emploi solidarité aux jardins pour 6 mois, renouvelé 1 fois.
Les jardins m'ont apporté un soulagement moral, on s'est occupé de moi et on a fait attention à moi.
J'ai repris confiance en moi, j'ai repris de forces, mon état physique s'est amélioré.
Avec les fiches de paies et l'aide du CCAS, j'ai pu obtenir un petit logement à Vienne.
Ce qui était difficile, c'était la route en mobylette quand il pleuvait et l'été sous les serres.
Après mon passage aux jardins de Lucie, j'ai quand même galéré pendant 6 mois pour trouver un emploi : mes CV envoyés comme ouvrier agricole sont restés sans réponses et sans explications de l'ANPE.
En décembre 2005, j'ai trouvé un emploi d'agent d'entretien à la régie de quartier de Vienne, et mon contrat en CDD est renouvelé.
Je pense que si j'avais postulé à cet emploi avant de venir aux jardins, je n'aurais pas eu cet emploi, j'étais trop mal.
Aujourd'hui, j'aimerais bien avoir des nouvelles des anciens collègues du jardin, il faut que je leur téléphone. Je voudrais dire que tous ceux qui viennent aux jardins ont le même objectif que moi, ils veulent s'en sortir, et le seul ami de mon temps de galère à l'accueil de nuit que j'ai conservé, lui aussi voulait s'en sortir et s'en est sorti. »
Johan, juin 2005
Yohan a 22 ans, il vit en concubinage et a une fille de 18 mois. Il est aux « jardins de Lucie » comme aide maraîcher depuis le 14 mars 2005.
« Je suis arrivé de la Réunion le 19 novembre 2004, c'était la première fois que je venais en métropole.
Quand je suis arrivé aux Minguettes (à Vénissieux), je voulais retourner à la Réunion car c'était exactement le même quartier où j'habitais à la Réunion.
Je sortais d'un quartier pourri pour arriver dans un même quartier pourri. Aujourd'hui, ça va, cela ne me pose plus de problème, les gens sont sympas.
Ma compagne ne travaille pas et j'ai besoin d'argent pour le loyer et toutes les dépenses de la famille. Peut être que plus tard j'aimerais retourner à la Réunion. Ma femme aussi d'ailleurs, mais c'est ici qu'il y a du travail.
J'ai trouvé une annonce sur le tableau de la Mission Locale (lieu d'accueil et de suivi pour les jeunes jusqu'à 25 ans) pour travailler aux « jardins de Lucie ».
J'avais déjà fait un contrat emploi solidarité (CES) en espaces verts à la Réunion. Je cherchais donc du travail en espaces verts ou dans l'agriculture.
J'étais intéressé par le maraîchage même si je ne connaissais pas le métier.
J'ai pris contact avec les jardins et ai eu un entretien en plein hiver. J'ai visité, j'ai fait connaissance avec l'équipe et j'ai commencé le 14 mars.
Le travail est dur, mais du moment qu'on a compris comment faire les choses, c'est bon, j'y arrive bien.
Personnellement, j'apprends beaucoup et je n'ai pas de difficultés. Mais je n'ai pas trouvé de travail et c'est pour cela que je suis aux jardins. J'ai besoin de ressources financières, d'apprendre à connaître le métier et de me faire plus d'expérience dans l'agriculture.
Au premier bilan avec mon référent de la mission locale et des jardins de Lucie, ils m'ont expliqué qu'il valait mieux être qualifié dans les espaces verts parce que c'est un métier où il y a des débouchés.
J'aimerais bien avoir un CAP en espaces verts. J'ai eu un rendez vous au GRETA (centre de formation) pour une réunion d'informations car il va y avoir une formation qui débute en octobre. Nous étions 80 pour 18 places. J'aurais la réponse en septembre.
Aujourd'hui, je cherche des missions ponctuelles chez des particuliers (entretien du jardin) ou un emploi fixe dans une entreprise en espaces verts. J'ai besoin de trouver des heures en plus du contrat aux jardins, ou un poste à temps plein. »
Communay, le 30 juin 2005
PS : n'hésitez pas à proposer des heures de travail à Yohan (désherbage, plantations, taille des haies etc..) en le payant avec des chèques emploi service par exemple.